Troubles de comportement chez les enfants


Autisme et fausses croyances

En dépit de son développement actuel, le Maroc accuse 2000 ans de retard. L’état de droit des personnes vulnérables est encore totalement absent. On y pratique encore des traitements archaïques physiquement et psychologiquement maltraitants.

La majorité des Marocains suit encore de fausses croyances, bien loin de toute réalité médicale, scientifique, sociale ou religieuse.

L’apparition d’un enfant autiste et de ses troubles «bizarres» est interprétée comme un signe du diable : «L’enfant est habité par le malin».

Des parents dans le plus profond désarroi

Les parents se retrouvent submergés de conseils par leurs voisins, amis ou membres de la famille qui les incitent à consulter des marabouts.

Ces derniers prétendent que l’enfant est sous l’emprise du diable et se livrent à des exorcismes. Certains enfants ou adultes sont enchaînés pour être canalisés, pour ne pas qu’ils s’échappent sous prétexte que le saint doit les libérer avant de les détacher.

Ces actes, pratiqués sous couvert de croyances, ne sont ni plus ni moins que des maltraitances physiques et psychiques. Ils sont, au regard de la loi, une atteinte grave à la dignité de la personne.

Le manque d’information ne suffit pas à justifier ces comportements trop souvent liés à une recherche de profit et à une réelle manipulation. La majorité des enfants, dès le plus jeune âge, est déjà considérée comme «majnoune» [sous l’emprise d’un djinn, esprit surnaturel, NDLR].

Un parent, enseignant, a expliqué comment un coq avait été sacrifié au dessus de la tête de son fils de 4 ans pour l’exorciser. Ce type de témoignage est très fréquent, quelle que soit la région du Maroc. Les adolescents atteints d’autisme subissent le pire : placés dans des puits, leurs cris de douleur et de peur sont interprétés comme signes de la présence du diable.

Plusieurs lieux ont d’ores et déjà été identifiés : « bouya omar », «zaouya ennasseria » … où certains soi-disant « fkihs » [religieux, NDLR] exorcisent les personnes en les frappant à coups de bâton, toujours avec le même objectif, ou encore on voit un couple gérant plus de 40 personnes attachées à même le sol à un mur dans 40m2.

Certains parents convaincus vont jusqu’à retirer leur enfant de structure adaptée à l’étranger pour les emmener dans ces lieux, comme cet adolescent retrouvé en sous-vêtements pieds et poings liés à « zaouya ennasseria».

La majorité des personnes enchaînées en ces lieux sont atteintes d’autisme et présentent des manies et stéréotypies, révélateurs d’absence de prise en charge.

Désabusés et à bout de nerfs …

Si l’on connaît l’enfant autiste et ses difficultés, on comprend que l’enfant est enfermé dans une souffrance absolue et s’isole. Privé de tout moyen de communication, il s’exprimera par des comportements de plus en plus agités. Dans l’ignorance, son entourage l’interprétera comme une réaction du diable face aux bons traitements appliqués à l’enfant.

L’enfant atteint d’autisme est souvent considéré comme têtu, désobéissant alors qu’il manque tout simplement d’outils pour communiquer, pour apprendre. L’environnement peut être très violent, consciemment ou inconsciemment, à l’égard de l’enfant, renforçant ses frustrations au lieu de l’aider à les gérer. Ceci conduit les parents à l’épuisement et au découragement.

Ainsi, certains parents ne voient d’autre solution que de battre leur enfant et de l’attacher pour le calmer.

L’enfant, la personne, est perçue comme LE problème qu’il faut anéantir pour que la famille continue de vivre. La violence appelle la violence et la souffrance de l’enfant autiste s’ajoute à son isolement.

Quelles solutions ?

La médecine marocaine n’apporte pour l’instant aucune réponse. Elle a un rôle essentiel à jouer en tant qu’informateur, formateur et protecteur sanitaire. Si les médecins ne sont pas formés à ce qu’est l’autisme, ils n’apporteront aucune réponse aux parents. Ce qui viendra encore alourdir la situation difficile de l’enfant et de sa famille. Restés sans réponse, les parents finissent par suivre de fausses croyances. Les médecins peuvent accéder à toute l’information concernant le dépistage précoce, ne serait-ce que par le biais d’Internet.

La population n’est pas non plus éduquée sur l’autisme. Les enseignants ont la responsabilité d’éduquer et de sensibiliser les Marocains de demain. La responsabilité collective ne s’est pas encore éveillée alors que tout le monde sait que cela existe. Car le prestige d’un pays réside dans la façon dont il traite les plus vulnérables d’entre nous. Il est possible de faire évoluer la situation par la sensibilisation, par le renforcement des associations et la mise en place de structures adaptées.

Un enfant qui a des comportements « bizarres » n’est pas habité par le diable. Il est atteint d’autisme, un trouble neurologique et neurodéveloppemental. Grâce à une intervention éducative, structurée et permanente, l’enfant peut évoluer. L’autisme n’est donc pas une fatalité ni un état définitif.

L’histoire d’Ismaïl

Il ne lui manque pas une case.

Il n’est pas l’oeuvre du mal.

Il n’est pas un fou ou juste bon à enfermer.

Ismaïl, 20 ans est atteint d’autisme. Comme une personne sur 150 dans le monde.

Son histoire ? Celle d’un enfant (aujourd’hui adulte) qui attend depuis 1996 qu’une place se libère pour lui. L’histoire de sa mère est l’histoire d’une mère courage, dont le seul crime est d’avoir mis en monde un enfant atteint d’autisme et qui voit les places pour son enfant lui filer entre les doigts. Une mère seule, qui tente tant bien que mal de donner à son enfant une vie digne de ce nom et qui ne fait que s’enliser dans les problèmes sans pouvoir reprendre son souffle.

Plus elle essaie d’aider son enfant, plus ce parcours du combattant se révèle semé d’embuches. La mère d’Ismaïl n’a pas été épargnée. Au cancer dont elle a été victime, se sont ajoutées les injures de ses voisins, les insultes au quotidien, sans aucun moment de répit.

Jusqu’à quel point de déchéance cette famille devra-t-elle sombrer pour que quelqu’un les aide ? Ils ne sont pourtant pas isolés au milieu du Sahara. Proches de la capitale, des dizaines d’associations ou d’instances étatiques ont reçu leur appel à l’aide.

Sans penser au pire, qu’adviendra-t-il d’Ismaïl si sa mère ne peut plus subvenir à ses besoins ? Il sera enfermé ou errera dans les rues ? Jamais pris en charge, Ismaïl aurait pourtant pu faire d’énormes progrès, son potentiel est clairement visible. Sans solution adaptée, sans aide financière de la part de l’Etat, sans professionnel pour l’encadrer, Ismaïl est comme beaucoup d’enfants autistes au Maroc, tributaire du courage de sa mère.

Source: adaptation de l'article de El Bachir Boukhairat, "La Tribune", N° 664•08.10.2009, 26.07.2005